Le « comme si » est souvent utilisé dans les récits de sentiment de présence d'un défunt. Il est un opérateur d’ouverture entre les possibles. Il n’est pas un retrait interprétatif, il n’est pas une mesure de prudence, mais un artifice sémantique qui permet d’affirmer et de maintenir activement plusieurs possibilités, « c’est peut-être moi, c’est peut-être pas ». Le « comme si » fait tenir et communiquer ces possibilités. Ce qui veut dire, puisqu’il assume de faire communiquer, que le « comme si » prend acte des écarts et les connecte par petites approximations.
Le « comme si » de ce fait, opère de manière semblable, quoique pas identique, à la « présence de la présence » : il performe la coexistence de deux ontologies ; il explore le passage entre deux mondes en le traversant, toujours à pas presque imperceptibles, il relie en zigzagant de l’un à l’autre deux trajets possibles, deux manières de s’y aventurer, sans sauter, sans grands élans, sans grand écart.
Vinciane Despret, "Comme si..": Des récits de présence, Persona. Étrangement humain, Actes Sud/Musée Branly, 2015